12.2.11

yea it ain’t the same now when are you comin back

« Où allez-vous ? Mitchell ? Ah, il est temps pour vous de travailler alors », nous a sorti, d’un air entendu, le conducteur du Greyhound quand nous lui avons montré nos billets. Visiblement, personne ne se rend à Mitchell en touriste. Le car est rempli de locaux rentrant chez eux ou s’en allant visiter la famille. Au fil des arrêts, les gens descendent. Arrivées à destination, 9h30 plus tard et à 2h du terminus situé à Charleville, congelées par le vent froid de la climatisation carrément trop violente, nous n’étions plus que cinq ou six. Lorsque notre voyage s’achève enfin, on se retrouve au beau milieu d’un petit village répondant au doux nom de Mitchell. Une rue principale, une vingtaine de petits commerces et trois pubs. De l’autre côté de la route, on aperçoit l’Hotel Richards, surnommé The Rock, qui sera notre maison, notre bastion, notre havre de paix et de défonce pour six semaines.
On y est restées sept semaines.


A Mitchell, j’ai pêché mon premier poisson et attrapé quelques yabbies (sorte de bestioles qui ont dû voir le jour suite à l’accouplement improbable d’une crevette et d’un crabe). J’ai bu quelques centaines de litres de bière, une dizaine de bouteilles de whisky et de bourbon et de la XXXX Summer jusqu’au petit jour le premier de l’an. J’ai escaladé la grille d’entrée de la piscine municipale pour m’y baigner en pleine nuit, ai appris à servir correctement des bières (enfin presque) ainsi qu’à faire des shots tels que le Lava Lamp, le Nailed Angel ou le Squashed Frog (véritables œuvres d’art impressionnistes soit dit en passant). J’ai suivi avec assiduité, inquiétude puis lassitude et agacement la progression des inondations du Queensland. J’ai réussi à me perdre dans les rues de Mitchell en pleine nuit mais n’ai jamais progressé au billard. J’ai détesté encore un peu plus le cricket. Je suis devenue accro aux fameuses chips, cheese and gravy et ai découvert le nouvel amour de ma vie, la meat pie. J’ai fait du moto-cross en plein bush et assisté à mon premier rodéo (mais n’en ai pas vu grand chose, excepté peut-être la couleur des canettes de XXXX Bitter). J’ai tenté d’expliquer aux locaux dubitatifs que oui, on peut vraiment consommer escargots, foie gras et grenouilles, tandis qu’eux me mettaient régulièrement au défi de manger les cuisses des Green Tree Frogs (ce que je n’ai pas fait, je vous rassure). J’ai grimpé sur le bar pour écrire sur le plafond et laisser une trace de mon passage le soir de mon dernier service et ai survécu, non sans fierté, à un verre de Magpie Diahorrea, un mélange improbable de Bailey’s, Southern Comfort, Frangelico, Triple Sec, Tabasco, bitter et j’en passe qui se boit cul sec. J’ai réussi à tenir quelques fins de service bourrée sans faire (trop) de conneries et ai résisté aux avances de bien des cow-boys mariés (et c’est là qu’on applaudit). J’ai passé ces pratiquement deux mois avec le sentiment de faire partie d’un teen-movie et ai appris bien des choses à mes dépends, notamment que la campagne n’a absolument rien de bucolico-romanesque. Et je remercie Thomas Hardy pour décrire avec tant de justesse ce qu’il y a de plus détestable dans la vie rurale.


Fisherman's Creek, perdu dans le bush...
Il y a probablement plein d’autres choses, l’impression d’avoir vécu six mois notamment, mais le retour vers la civilisation et les touristes a achevé mes derniers souvenirs et me donne l’impression d’avoir vécu une drôle de parenthèse.

Meagan m’a annoncé, d’un ton catégorique : « Tu reviendras. Tout le monde revient à Mitchell. » Mmmh... Vous voyez Tamara Drewe ? Vous comprenez donc...

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