11.4.11

Un après-midi à Battery Point

Battery Point, avec ses jolis cottages du 19e aux roses anglaises et son petit port de plaisance en bas de Napoleon St (oui, c’est navrant un tel nom de rue n’est-ce pas ?) est l’ancien quartier historique des marins de Hobart. Il est jonché sur une colline pas bien élevée au sud du centre-ville d’Hobart, à peine 15 minutes à pied. Autant dire que pour une sportive comme moi, lorsque j’aperçois une magnifique boulangerie-pâtisserie au détour d’Hampden Road après une montée carrément éreintante, j’ai le sentiment que le Seigneur m’est venu en aide et m’accorde son salut.

La grande vitrine de la boulangerie Jackman&McRoss encadrée de bois d’un noir brillant laisse entrevoir l’élégant salon de thé ainsi que le comptoir rempli de tartes au citron, aux fraises, de cookies, de gâteaux au chocolat et de croissants fourrés. L’odeur du pain tout chaud (bon ça c’est dans ma tête, mais on va faire comme si) me caresse les narines. Elles frétillent, déjà toutes excitées par ces préliminaires (vous avez entendu parler des phéromones hein ? L’odeur du pain chaud, même imaginaire, est FORCEMENT constituée de phéromones. Le contraire serait impensable). Impossible de passer mon chemin au risque d’une sévère frustration sexuelle. Je pousse la porte et me dirige illico vers la caisse commander un croissant.
Jusqu’à présent, je m’étais jurée de ne pas céder à la tentation, de renoncer à ce plaisir bien trop français et de refouler mes origines en matière de gastronomie, adaptation oblige. Mais n’est-ce pas Oscar Wilde, le maître à penser de mes 18 ans, qui avançait que « je peux résister à tout sauf à la tentation » ? Ce foutu croissant m’a fait de l’œil et je n’avais pas très envie de passer pour une allumeuse. Assume cocotte !
Délestée de $3 (oui c’est beaucoup mais il faut voir la taille du machin, à peu près deux fois plus que ses homologues français.) (Oui oui, je sais à quoi vous pensez. Et non, je ne vous dirai pas la réponse, ce serait trop FACILE), je me lance, n’en tenant presque plus et ayant furieusement envie de lui ôter son emballage en papier, à la recherche du spot idéal. J’ai en tête Arthur Circus, un petit parc bien charmant bordé de roses de toutes les couleurs (comme tout à Battery Point, tout est charmant !) à deux pas d’ici. Je me perds dans les petites ruelles aux maisons colorées et aux jardins bien entretenus et je n’ai jamais trouvé Arthur Circus. A la place, le muret de l’église anglicane Saint George fera l’affaire.
Avec toute la tendresse et la précaution requises pour une première fois, je mords le coin et avale une bouchée, légèrement inquiète. Après tout, on est en Australie, on ne sait jamais. Cette première tentative accomplie, je sais. Ce croissant, s’il est de loin le meilleur que j’ai pu goûter en Australie, n’a aucun mal à rivaliser avec le croissant made in France. Chaque bouchée est un régal, une explosion d’endorphines envahit mon corps et j’en oublie comment je m’appelle.

Alors, non désolée n’en déplaise à mes si fiers compatriotes, les Français ne détiennent définitivement pas le monopole en matière de croissant… ou de plaisir…


(en tout et pour tout, j’ai passé 10 jours à Hobart et 3 après-midi ici. J’y ai mangé, entre autres, une somptueuse pie à l’agneau et au romarin, ainsi qu’une superbe part de gâteau au caramel et au chocolat. Bon le citron pressé ne valait vraiment pas le coup – c’est pourtant pas bien compliqué !, mais personne n’est parfait n’est-ce pas.)


Jackman & McRoss - Hampden Road - Battery Point 7004

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