16.5.11

Buy the ticket

"Life should not be a journey to the grave with the intention of arriving safely in a pretty and well preserved body, but rather to skid in broadside in a cloud of smoke, thoroughly used up, totally worn out, and loudly proclaiming "Wow! What a Ride!"
Hunter S. Thompson

Si vous êtes l’heureux détenteur d’un Working Holiday Visa pour l’Australie, comme pour près de 140 000 voyageurs en 2010, on vous en donnera des conseils de voyage, on vous branchera les destinations à ne pas manquer, les backpackers où séjourner, ceux à éviter…
Certes, des idées sont toujours bonnes à prendre, mais… pour avoir partagé de nombreuses discussions ici et là, il semble que bon nombre de personnes cherche à réaliser, en définitive, le même voyage. Un éminent homme de lettres avait un jour écrit « chacun fait fait fait/c’qu’il lui plaît plaît plaît ». C’est plus qu’évident, on ne saurait juger quelqu’un de la sorte, mais ne devient-elle pas un peu stéréotypée cette façon de voyager ?
Se rendre dans les endroits où personne n’a envie d’aller, se tromper, se paumer, lâcher son guide, ne rien planifier pour une fois, expérimenter les pires saisons, rater deux trois trucs si vantés par le Lonely Planet (et parfois surestimés)… prendre la route seul, au fond du bush, fuir les voyages organisés et les groupes trop nombreux… pour finalement trouver en chemin sa propre route. Se (re)trouver (et on applaudit comme il se doit cette dernière réplique digne de Psychologies magazine).

J’ai rencontré à Phillip Island, un soir de février pluvieux, Andrew, ce bel Australien dans la cinquantaine journaliste, surfeur, photographe mais surtout artiste dans l’âme. De mes photos, seul l’album de mes sept semaines passées au beau milieu du Queensland a suscité son intérêt. Le reste, Brisbane, la Sunshine Coast, il l’avait déjà vu mille fois. Il m’avait confié combien il lui semblait important de découvrir aussi la face déplaisante d’un pays et combien trop de voyageurs se bornaient à vivre le parfait voyage. De belles plages, des couchers de soleil idylliques, si cela ravit n’importe quel esthète (dont je fais partie), l’apprentissage, l’aventure se rencontre partout et aussi dans ces endroits que l’on découvre par hasard, ces endroits pas toujours recommandés et vides de touristes, qui nous font éprouver un immense choc culturel. Ou ces moments et galères qui nous renvoient en pleine face notre solitude, quelques fois si désagréable ainsi que toutes les questions existentielles qui peuvent surgir au cours d’un périple.
           
Mitchell et ses habitants, parfois abîmés.
L’Australie est certes peuplée de belles blondes au teint bronzé, d’habitants d’une chaleur et d’une générosité sans bornes, l’Australie abrite certes un certain nombre des plus belles plages du monde, des villes culturellement toujours plus dynamiques, une côte Est où l’on fait constamment la fête, on vit certes simplement et sans soucis en Australie, on ne saurait toutefois éviter la face cachée. Celle qui a le don de déranger nous autres touristes et de mettre à mal nos envies d’aventure.
Les villages repliés sur eux-mêmes, l’outback et ses histoires qui empêchent de fermer l’oeil, des cow-boys d’une rare arrogance, des locaux red necks ignorants et égocentrés, un racisme omniprésent dans les petites communautés, un alcoolisme inquiétant, un fossé toujours plus grand entre Blancs et aborigènes, une solitude pesante, les traditionnelles galères, les pleurs et peurs qui peuvent surgir et s’agripper à nos pattes comme des sangsues. Tout autant que la beauté du voyage, son côté négatif fait aussi partie intégrante de l’aventure, de ce si fameux « rite initiatique » qu’est devenu le gap year en Australie.

Qui a dit que le voyage, l’aventure, où qu’ils se trouvent, en plein centre de Melbourne comme au beau milieu du Kimberley, devaient être faciles et garder le voyageur bien au chaud dans son confort (tant physique qu’intellectuel) ?
La rencontre, avec l’Autre, avec soi, peut s’avérer rude et éprouvante. Voire décevante et frustrante par moments. J'ai quitté Mitchell avec un sentiment d'amertume et d'échec, deux jours après mon départ j'apprends qu'un de nos amis là-bas vient de se suicider, les lieux les plus touristiques de la Tasmanie ne m'ont pas autant marqués que Maria Island et ses randonnées ardues, son histoire pesante ou Queenstown, ville ruinée, un peu terrifiante, me plongeant dans un décor de film de science-fiction des annnées 50 et à Melbourne, en pleine ville, je me suis sentie paumée et effrayée, violemment confrontée à tout ce que j'avais pu fuir en France. J'ai songé à partir, ailleurs, continuer mon exploration du territoire mais je sentais qu'il me fallait accomplir quelque chose ici, ne pas baisser les bras et que pour le moment, l'exploration, elle se situait ici, à l'intérieur et autour de moi. 

Toowomba, la porte vers l'outback du Queensland... peut-être pas le meilleur endroit pour rêver de romance...
Je crois sincèrement et humblement que la liberté s’acquiert à la dure, et que quelque part, elle se mérite. La Petite Sirène, elle en mourait d’envie, ben elle a dû troquer sa voix pour des jambes. Après tant de temps à rêver d’aventure, à mater les yeux grand ouverts Il était une fois les Explorateurs, les Mystérieuses Cités d’Or et à chanter Partir là-bas dans son bain (vous avez jamais ça? Oui bon. Moi non plus…), il serait dommage de céder devant la facilité et de rebrousser chemin.
Alors, putain, on s'accroche, on évite de regarder en arrière et on embarque, pour aller au bout. Au bout de l'expérience. Pour le meilleur. Comme pour le pire.

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