18.11.11

Jour 2 - Comment on n'est pas allées au musée des shadow puppets

Comme si on était pas assez maso pour vadrouiller dans une ville aux températures extrêmes (pour nous venant de Melbourne c’est extrême, humidité plus soleil plus chaleur) qui n’a ni plage à proximité ni piscine publique et surtout ni touristes (aucun, rien, nada), on est restées un jour de plus. En plus du temple, déterminées que nous sommes, on avait envie de voir le musée des shadow puppets, qui semble absolument excellent, supposé se trouver pas très loin.

On y est allées mollo. Le matin, on a pris notre petit déj’ avec poulet frit et mangues déniché au marchand ambulant juste en bas de notre hôtel devant Law & Order (il semblerait qu’il y ait une chaîne carrément dédiée à tous les Law & Order. Dingue) mais surtout Summerland, avec Ryan Kwanten l’Aussie de True Blood et Zac Efron avant High School Musical, suivi par un show avec Jerry O’Connor. Epatant.

On poursuit notre journée avec un jus frais de tangerine (je crois), on voit les guêpes et les insectes dans le pichet de glace qui se retrouvent à barboter dans notre verre, bon, dans tous les cas, on les a pas senti. Et le jus était parfait. Absolument parfait.

La mission pour trouver un taxi qui nous emmène sur la route du temple. On a bien passé dix minutes à tenter d’expliquer où l’on voulait se rendre à renforts de cartes aux inscriptions trop petites, de gestes, des quelques mots thaï que nous connaissons et de transcriptions en alphabet latin qui ne servaient à rien puisqu’ils ne le lisaient pas, jusqu’à ce que je me rende compte que j’avais la traduction thaïlandaise sous mes yeux. Soyons simples. 

Le type qui nous prend en camion nous demande de s’asseoir avec lui, à trois devant on est un peu serrés quand même. Il insère dans le lecteur de disque un CD gravé au titre marqué au feutre bleu « dance 1 ». J’entends un remix de Pokerface et une chanson des Black Eyed Peas, en roulant au beau milieu des temples tandis qu’il n’arrête pas de passer le revers de sa main sur le ventilateur de sa voiture. L’ongle de son pouce gauche est ridiculement long (5cm), comme beaucoup de garçons dans le coin j’ai remarqué. Puis il nous a filé son numéro pour qu’il sache quand il devrait venir nous chercher. 


On a marché pendant ce qui nous a semblé être une éternité lorsqu’on a finalement pénétré dans l’enceinte du temple. J’aurais bien aimé acheter les fleurs et l’encens que l’on est supposé offrir à Buddha mais j’avais aucune idée du protocole et je préférais observer de loin. Moi qui pensait être un peu trop intrusive avec mon appareil photo, j’avais oublié que les Iphones avaient conquis la planète. 




Du toit, on peut apercevoir la mosquée et son étoile un peu plus loin. Un truc à approfondir, c’est comment ces religions cohabitent. Ca ne semble, à priori, pas poser trop de problèmes. Les temples en imposent, j'avoue n'avoir jamais vu quelque chose comme ça. Ca brille, ça sent l'encens, le long des remparts, au milieu des couronnes de fleurs, on trouve plein de stands de brochettes, de poulet, de jus de fruits frais. Normal, c'est la Thaïlande, la bouffe, c'est partout.


Comme on est intelligentes, on a choisi les heures les plus chaudes pour la visite du temple, du coup, on a chopé une insolation. Les odeurs nous assaillent de toutes parts, odeurs de poisson, de poubelles, de poulet frit, d’essence, de pollution. On a les pieds noirs, le dos et le front en sueur. On n’ira pas voir le musée. Ce sera pour une autre fois.



Avant de rentrer à l’hôtel, nous sommes allées au 7/11. On veut des chips au goût bizarre. On hésite entre pecking duck & sauce et sandwich jambon fromage. Dans les journaux people thaïlandais, je tombe sur des photos du mariage de Paul Mc Cartney. On ouvre un magazine un peu sexy où on trouve une photo d’une star américaine avec les tétons brouillés qui pourrait être Evangeline Lilly si je savais à quoi elle ressemblait, une double page avec plein de photos de Colin Firth dans toute sa splendeur puis une photo d’une chanteuse thaï, une pop star probablement (le ratio entre longueur de short et pourcentage de peau découverte correspond tout à fait à ce qu’on attendrait de toute pop star normalement constituée) qui, micro dans la main droite, touche son entrejambe de la main gauche, on sait pas trop pourquoi. J’aimerais bien connaître son nom, je voudrais en toucher deux mots à sa mère.

On s’arrête au stand de fruits, toujours au pied de notre hôtel car on est vaillantes, on achète quelques tangerines et une mangue verte, là aussi on sait pas trop pourquoi (ce qu'on sait pas encore, c'est qu'on arrivera pas à la manger, car c'est pas comme ça que ça se prépare couillonne!), et la petite vieille qui nous sert n’arrête pas de rire, d’un rire bizarre, un petit rire de sorcière. Lorsqu’on remonte à notre chambre, le réceptionniste au tee-shirt jaune affalé sur le comptoir, seule personne à qui on peut parler plus de deux mots d’anglais, lui aussi se met à rire bizarrement lorsque je lui demande comment il va. 


On est émotionnellement vidées, des éponges qui absorbent tout ce qu’il y a autour de nous. Les odeurs, les sons, couleurs, conversations. Besoin d’un peu de répit, ce sentiment d’être continuellement observées, sollicitées. La ville est constamment animée jusqu'à 19h, des étalages et stands partout sur les bords de route, les gamins qui courent, qui crient, les écoliers aux discussions animées qui nous apostrophent avec des "hello" et de grands sourires, les marchands bruyants, les chauffeurs de tùk tùk qui nous proposent des lifts. Les soldats, les pompiers qui rentrent à la caserne. Le trafic est dense, parfois difficilement pénétrable.
Frustration de la barrière de la langue et de cette étiquette d’étranger qui fausse les relations. On marche sur des œufs, peur d’être trop intrusives, on ne sait pas encore comment on doit se comporter, si l’on peut prendre cette dame-là assise sur le banc qui nous sourie en photo ou si c’est trop.

On observe mais il est impossible de se fondre dans la masse, de bouger furtivement et d’évoluer dans les rues tranquillement. Tout le monde nous regarde, nous scrute, regards plus ou moins curieux, plus ou moins persistants. Les sensations sont intenses. Réfugiées au balcon de la chambre de notre hôtel on s’assoit avec nos paquets de chips et on se fait discrètes, on regarde la rue, les marchands plier leurs étalages, sans être vues. Pour une fois.


Reposant.

On l'a parcourue en long, en large, en travers cette ville. Pas moyen de trouver des expatriés ou quelques voyageurs paumés. Je me demande où ils s'étaient cachés car on était bien les seules à courir les rues.

Pas moyen de disparaître.

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