25.11.11

Nous sommes donc parties à Chumphon

   Je sens le plastique des chaises devenir moite et me coller aux cuisses. Le type assis à son bureau en face de moi me fait signe, pointe  du doigt son visage et me lance un « Rouge ? » affublé d’un bien trop grand sourire. Bon, ça va, ça fait plus de dix ans qu’on me le sort ce refrain. Il fait chaud bordel. C’est pas comme si j’étais habituée. (note : qu’on ne me parle pas de l’Australie, vu le temps de merde qu’il y a fait). Je lui renvoie pour toute réponse un sourire sympa. 

    Nous sommes assises dans la salle d’attente avant de prendre le mini-van de 11h30, seul moyen de transport qu’on a pu trouver entre Nakhon Si Thammarat et Chumphon.

    Anticipant le long voyage en bus, j’avais enfilé un short. Je commence à m’inquiéter. Est-ce que c’est trop court ? (considérations qui me sont habituellement complètement inutiles, si ce n’est carrément inappropriées en Australie.) Je veux pas faire de l’excès de zèle, faudrait pas devenir démagogique non plus (manquerait plus que ça), mais …

   A peine mon interrogation soumise à ma comparse que nos deux regards plus, évidemment, celui du type au bureau suivent les pas d’une jeune fille qui vient chercher un billet et finit par s’installer à côté de nous. Sur les chaises dégueulasses en plastique rouge. Voici le seul et unique but (intérêt ? mh…) de cet article. La Fille du mini-van.

   Elle dénote encore plus que nous dans le paysage. Je n’avais encore rien vu de semblable hors de la grande ville. Son visage, soigneusement blanchi, est recouvert d’une épaisse couche de maquillage (je me demande comment putain son fond de teint ne dégouline pas par cette chaleur ?) appliquée d’une main experte, sa chevelure noire est plaquée, lissée, sur-enduite de laque, RIEN ne bouge, les sept plaies d’Egypte pourraient s’abattre sur Nakhon Si Thammarat de suite maintenant, le brushing leur balancerait un doigt d’honneur bien mérité. C’est pas n’importe qui qui pourrait s’en vanter. La Fille du mini-van porte une petite robe beige légèrement cintrée à la taille, dont la matière, fine, très fine, dévoile les plus petits des sous-vêtements. Sophistiquée, séduisante, sexualisée presque à l’outrance si elle avait manqué d’un peu d’élégance.

   J’ai les doigts enduis d’huile, dévorant mon aile de poulet frite achetée au stand d'à côté, et cette superbe Thaïlandaise s’assoit à côté de moi.

   Mais que fait-elle ici ? Qui est-elle? Actrice? Prostituée? Mannequin? Fille de militaire? 

   Ce que je vois d’elle, durant tout le trajet, ce ne sont que ses doigts qui replacent de temps à autre ses épingles bien enfoncées dans son cuir chevelu. Clic. Clic. Elle est repartie dans son sommeil.

   Lorsque la Fille du mini-van s’arrête dans un village, paumé, des maisons instables en bords de route, deux trois stands de nourriture, une station de pétrole, quelqu’un l’attend un peu plus haut. Elle s'avance avec maîtrise vers la voiture et son conducteur (amant? client? père?), la porte du 4x4 s’ouvre et elle a déjà disparu.

  Ce qu’elle n’a pas remarqué, en revanche, c’était toutes les paires d’yeux dans le bus, appartenant aux hommes comme aux femmes, toutes ces paires d’yeux rivées sur elle, sur ses hanches, ses sous-vêtements apparents, ses cheveux, ses chaussures, ces paires d'yeux la suivant avec curiosité ou désir, jugement ou appétit tandis que petit à petit, elle s’éloignait de nous.

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