1.12.11

Comment on n'est pas allées à la Full Moon Party

« Vous êtes allées à la Full Moon Party?, nous demandent les Australiens à Koh Tao, assis aux tables en teck du bar de l'hôtel.
- Non. On était à Chumphon pour la Loy Krathong.
- Ah. »

   Il se trouvait justement que la Loy Kratong, le festival qui honore la déesse des eaux, Phra Mae Khongka et permet aux thaï d'abandonner rancunes et colères en envoyant sur la rivière des petits radeaux de fleurs, certains sculptés dans le pain, des lanternes dans le ciel et en lâchant des poissons dans l'eau, tombait le même jour que la Full Moon Party à Koh Pha-Ngan. C'était la pleine lune du 12e mois du calendrier traditionnel thaï lunaire. Après Nakhon Si Thammarat, on s'était mises en route pour Chumphon, non sans peine pour trouver la station de bus, un transit avant Koh Tao, supposé être plus calme que Koh Samui et Koh Pha-Ngan, cette dernier lieu de la si réputée/malfamée (c'est comme on veut) Full Moon Party. Qu'on a raté, sans regrets, vraiment, aucuns.

   A Chumphon, tout le monde se préparait pour la Loy Kratong. Partout on pouvait voir les dames assises en groupe, sur les trottoirs, tisser les couronnes de fleurs. Les vitrines se remplissaient puis se vidaient au fur et à mesure de la journée.
Quand il fut temps de se rendre à la rivière, en passant devant un étalage vendant fleurs, bougies, et même des tortues, on s'est dit « eh ben merde, on en prend ». Qui pourrait résister devant une tortue sculptée dans de la mie de pain? Honnêtement.

Elle est pas classe hein ?
 Sur le bord de rivière, on a attendu que tout le monde arrive, malheureusement accompagnées d'un groupe de musique live... (est-il nécessaire de préciser qu'il est très pénible d'écouter la pop thaïlandaise?), et flanquées de deux gamines dont l'une portant le plus beau nom de toute la Thaïlande (probablement), Gift, on a descendu les escaliers et mis à l'eau quelques têtards achetés 10 THB pour faire plaisir aux filles ainsi que la tortue.

  En fait, ça, on s'en fout un peu, je veux dire, les souvenirs s'étiolent, les détails sont importants évidemment (quoi de plus important que les détails?), mais je ne suis pas assez maître des mots pour pouvoir en faire quelque chose de plus intéressant là, de suite, quelque chose de moins « journal de bord », sorte de blog de voyage que je n'aime pas, qui ne me parle pas. Trop froid et descriptif. L'intérêt des récits de voyage, c'est bien sûr de faire découvrir des lieux, des ambiances, des odeurs mais aussi de partager quelques réflexions bancales sur le voyage, sur les cultures, sur les expériences, quelque chose qui pourrait parler aux gens, quelque chose qui viendrait creuser plus loin que les sensations premières. Quelque chose me dit que je me trompe mais je n'arrive pas encore à mêler les deux.

   Anyway, ce qui est important ici, pour moi, pour nous, Ma Canadienne et moi, c'est que, pour la première fois depuis notre arrivée en Thaïlande, on a eu toutes deux le sentiment de faire partie de quelque chose, d'être plus active (ouh que j'aime pas ce mot) dans nos relations aux autres, au pays, à la culture, de sortir de ce rôle d'observateur, de cette étiquette de touriste pénible qui jusqu'alors nous collait à la peau où que l'on aille et nous protégeait un peu trop. Le temps d'une soirée, on partageait, avec ces deux fillettes et leur grand-mère, une célébration traditionnelle, on s'amusait, on riait. Personne n'en avait rien à foutre qu'on soit les deux seules touristes du coin, on était juste deux nanas qui s'éclataient avec les autres. Et peu importe la différence de langages.




   Puis on est arrivées à 21h sur la jetée à quelques kilomètres de la ville, pour prendre le cargo de nuit qui nous emmènerait à Koh Tao. L'ambiance sur le petit port était étrange, je voudrais même dire « romanesque » mais ça ne veut plus dire grand chose et ce n'est pas tout à fait le mot juste ici. C'est que j'en trouve pas d'autre. Peu importe. Il faut imaginer un immense cargo, dont l'énorme lumière bleue éclaire faiblement les alentours, les hommes chargeant des marchandises (de la bière, pour les touristes ivrognes de Koh Tao), des Thaïlandais regardant la télé au petit magasin juste à côté, deux nénettes, nous, accroupies sur la rive, qui tentons de faire voguer leur couronne de fleurs (que le chauffeur de taxi nous avait gentiment offert - ça c'était pour la forme, je crois plutôt qu'il voulait s'en débarrasser) en manquant plusieurs fois de se vautrer la gueule dans l'eau dégueulasse tête la première (un autre avantage du manque de visibilité, on voit pas trop où on met les pieds), puis une famille de Thaï qui prend notre relais et met à  l'eau un certain nombre de petits radeaux, l'encens embaumant les alentours et masquant les odeurs d'égouts quelque peu persistantes.

   Après on a rejoint notre cabine et on s'est endormies sans demander notre reste, pour être réveillées vers 4h du mat' lorsqu'on avait rejoint les côtes de Koh Tao. 
    C'est une atmosphère différente.


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