20.12.11

Des bières et des filles

Le bus nous avait déposé à Hua Hin, en face du gigantesque Market Village. Starbucks, Apple Store, Levi's, KFC,  Adidas, le tout illuminé des pieds à la tête, l'entièreté du bâtiment rentrait même pas sur mes photos. Bon. Hua Hin, c'est quand même une station balnéaire très prisée des Thaïlandais aisés (en témoignent les maisons à deux étages, aux grosses voitures et grilles métalliques protégeant l'entrée du quartier où nous séjournions). Et de certains expat', comme on l'a constaté un peu plus tard... Même que c'est là où le roi de Thaïlande séjourne, dans le Klai Kwangon Palace (Far From Worries Palace - le ton est donné) construit en 1928, c'est dire le niveau de vie ici.
Pas tout à fait ce qu'on pensait.


Peu importe, on est des téméraires nous, on se fait embarquer dans un tùk-tùk avec une Suédoise gentiment excentrique qui vit ici avec son mari six mois de l'année et nous amène chez sa voisine qui tient la Katuns Guesthouse, pas loin du centre. Katun, qui nous accueille avec un « Deux belles filles dans ma guesthouse! » dans un anglais parfait assorti d'une poignée de main ferme (exactement comme je les aime), est infirmière, a voyagé dans toute la Thaïlande et après avoir vécu en Suisse pendant 20 ans (je crois - ce qui explique non seulement l'anglais mais également son allemand plus que parfait ainsi que le drapeau suisse à l'entrée) est rentrée au pays. Si on avait eu les moyens (oui parce que 300THB par personne par nuit, bon, c'est pas tout à fait notre budget, et encore, on nous avait fait un prix), on serait restées ici rien que pour elle (inutile de dire que  la chambre était irréprochable, tant de confort, ça m'a piqué les yeux).

Un peu plus tard, sapées pour sortir, Katun nous intercepte et nous invite à sa table, en compagnie de Ngog que nous avions rencontrées auparavant à la réception et d'un Berlinois qui vivait ici depuis huit mois. Après avoir un peu papoté, on prend gentiment congé de nos hôtes et on se met en direction du marché. On voit de la lumière au bout d'une rue alors on se dirige là-bas (là-bas : Thanon Liap Thang Rotfai) et après un dîner que je préférerais oublier, on veut une bière. C'est pas compliqué. Juste une (ou deux) bières.

En se perdant (enfin « se perdre »... Hua Hin a probablement été conçue pour les gens à la mémoire très courte et au sens de l'observation discutable - des personnes un peu âgées peut-être? hum - tant c'est facile de s'y repérer) dans les ruelles aux bars portant les doux noms de Night Owl, White House, Eagle Bar ou Buddy Boys, on finit par réaliser que la Suédoise nous a déposées au beau milieu du quartier des bars à hôtesses. Les hommes, Blancs, d'un certain âge sont assis au bar, seuls ou en groupe (le groupe de Français me donne encore des cauchemars) et font la discussion aux serveuses Thaïlandaises plus ou moins jeunes. Ils ont l'air de s'amuser. Le Buddy Boys est le seul bar du coin consacré à ces dames.

On la veut notre bière alors on joint un des bars, en prenant soin d'éviter celui où les mecs se déboîtent le cou en nous regardant passer ou celui encore où ce gars à la coupe de cheveux plus que douteuse, assis avec une jolie jeune fille, nous incite d'une manière légèrement hystérique de se joindre à eux. Le plan à quatre, on verra un autre jour hein.

Au final, c'est un bar dont j'ai oublié le nom qui devient notre refuge. Les hommes assis ont un style particulier. Cheveux courts, presque rasés. Boucle d'oreille. Tatouages pas très neufs. Visage bronzé, dur, carré. Ils sont pas très musclés mais pas maigres non plus. Portent des vêtements dépareillés et des tee-shirts de marque de bière. En France on les appellerait des « beaufs »Ils pourrait facilement passer pour des retraités de l'armée (euh, je me rends compte que c'est un peu limite l'association d'idées mais bon, j'assume). Un des clients, à côté de nous, porte des mocassins marrons et un short de voyage beige, il est vieux, vraiment vieux et tente de plaisanter avec les serveuses, de se montrer à l'aise et chaleureux. Les filles gloussent, parlent entre elles, comparent leurs achats de fringues et regardent leurs téléphones toutes les 32 secondes environ.
Certains sont assis plus loin, en couple. En face un type fait la conversation à une jolie jeune femme qui ne semble pas trop comprendre ce qu'il raconte. Il ne s'arrête pas de parler, pose une main timide sur sa cuisse tandis qu'elle le regarde d'un sourire figé, puis regarde ses ongles, puis son téléphone, puis ses ongles, puis son téléphone.

   Aux serveuses dont la présence a pour unique but de racoler la clientèle sont mêlées les hôtesses censées divertir les messieurs et inciter à la consommation, ainsi que masseuses et prostituées. Chaque bar a sa fonction et les hommes savent ce qu'ils cherchent en y mettant les pieds.
Un joyeux bordel quoi (pardonnez-moi l'expression).

On a fini nos bières et sur le chemin du retour, on a croisé un certain nombre de restaurants, de boulangeries allemandes, suisses, suédoises. C'est étonnant comme la plupart de ces expatriés, de ces touristes ne parlent que très peu d'anglais, carrément pas de thaïlandais, ont autour d'eux leur nourriture, leur culture, peut-être même leur voisin. Tout ou presque est traduit pour eux (des traductions en allemand pour la majorité). Ils passent peut-être six ou huit mois ici mais ils recréent leur communauté, leur cocon. En Thaïlande mais comme à la maison. A part les filles, à part leur image, embellie par l'argent, la différence de cultures, la distance. 

Quant aux motifs de leur présence ici, à Hua Hin, dans ce coin en particulier, s'il semble évident que passer du bon temps en compagnie de jeunes filles séduisantes en fasse partie et si voir ces gars, profitant de leur statut, de leur argent, fantasmer sur des filles trop jeunes pour eux est quelque chose qui a du mal à passer chez moi, je ne connais pas leur histoire, leurs raisons (divorce? problèmes de famille? maladie?) et j'ai suffisamment fréquenté ce milieu pour savoir que dans le meilleur des cas, ce sont elles qui en profitent le plus et elles qui ont le contrôle.
J'espère juste qu'ils leur en filent plein, de fric, à ces nanas.

Quand on est rentrées, Katun nous a réinvitée à sa table et nous a nourrie avec des brochettes de porc, de langoustines et des banana fritters (mama, les bananes frites!!!). 
Selon elle, Mae Hong Son est le meilleur endroit de Thaïlande. C'est noté. 

 Avant que j'oublie, à Hua Hin, ils délivrent le McDo. 

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