15.1.12

Soppong - Chiang Mai et le stream of consciousness

On est parti du Cave Lodge, 9km de route dans la forêt, tous entassés à l'arrière d'un pick-up. Assis sous l'arbre, on attend le bus pour Chiang Mai. Le Canada, les Etats-Unis, l'Angleterre, la Belgique et la France tous ensemble. Rien que ça. 

La poussière soulevée par les pick-ups et les scooters a vite fait de se transformer en boue par l'eau des camions déversée sur le bord de la route. En face, dans une supérette, une dame au rouge à lèvres rouge lit un magazine. Une femme avec de la moustache me demande où je vais puis me montre ce qu'elle a dans son sac. Des somnifères. Elle m'en offre mais je décline.

5h30 de voyage à mater les montagnes. 

Le bus a un plancher en bois avec des trous, des ventilos de l'ère mésozoïque au plafond et compte un sacré mélange de moines, de voyageurs et de Thaïlandaises avec des sacs de riz à leurs pieds. A côté de moi, l'une d'entre elles, petite et maigre porte un habit traditionnel shan (il me semble), constitué d'un pantalon de velours noir, d'une veste en lin blanc aux manches de velours pourpre et puis de chaussettes rouges à rayures noires histoire de bien égayer le tout. Elle passe le trajet à me nourrir de grains, qui ressemblent à des grains de raisin mais ne sont certainement pas des grains de raisin. Ils sont durs à mâcher et putain qu'ils sont amers.

Le moteur râle dans les montées et le bus manque de se ramasser à deux trois reprises. Je cherche des yeux les gri-gris et couronnes de fleurs habituellement accrochés au rétro, n'importe quoi pourvu que ça ressemble à un porte-bonheur. Le contrôle s'avère positif donc tout ira bien n'est-ce pas. 

La fille aux somnifères dort déjà. 

La dame aux grains de raisin a le sourire édenté et regarde par la fenêtre. Les rides au coin de ses yeux lui donnent un air juvénile et malicieux. Son visage est incroyablement lisse, sa petitesse la rend souple et flexible, elle bouge avec agilité et peut s'asseoir, elle, confortablement en tailleur. 

5h30 à mater les montagnes que je disais. Des bananiers, des bambous, des champs de riz et de thé. Des tournesols aussi. C'est l'extrême nord-ouest de la Thaïlande, mon endroit préféré dans le pays.

Le bus rampe encore, on peut entendre les rats pédaler. 
On passe quelques check-points et je songe que je pourrai transporter de l'opium avec moi qu'ils ne vérifieraient même pas. 

Je commence à regretter d'avoir décliné l'offre de somnifères. Bordel. C'est long.

On est 30 et à ce stade-là, 1/4 des passagers dorment, deux des ventilos sont arrêtés et les mômes au fond du bus sont assoupis les uns sur les autres.
L'air sent le brûlé maintenant, enfin un mélange de sucre et d'herbes aromatiques plus précisément. Les toits des maisons sont faits de feuilles séchées. 

C'est qu'on arrive à Pai, destination traditionnelle du backpacker en séjour dans le coin. Des commerces partout, des galeries, les panneaux "Clean Food/Good Taste", les agences de voyage, les pubs pour les resorts, les magasins de souvenirs. Tout le monde descend, pas nous. 
Par la fenêtre, j'aperçois un type avec un tee-shirt Che Guevara. Je n'ai pas vu ça depuis le lycée. Immédiatement, je suis soulagée de ne pas devoir rester à Pai.

Puis là, je me demande, des trucs, j'élabore même des réflexions sur les journaux de voyage. Ca me vient comme ça, probablement la mobilité, le bus, la route. Bref. 
Depuis que j'ai commencé à voyager, je vois les gens écrire partout, tout le temps. Certaines filles dans les quelques auberges de jeunesse que j'ai fréquenté en Australie possédaient carrément tout l'attirail de la parfaite étudiante, avec gomme, colle, paire de ciseaux, limite un compas et ornaient leurs carnets de dessins au crayon de couleur et titres en grosses lettres aux feutres bleu, orange, rose, un peu comme les cahiers de SVT au collège. Des carnets en reluire en cuir, en carton, en plastique au cahier à spirale et même à l'Ipad, le journal de voyage est religieusement rempli et conservé. Certains l'envisagent même avec discipline. C'est ma copine Hollandaise qui m'a surprise un jour, à Noosa, à me sortir "J'ai pas écrit dans mon journal depuis UNE semaine, ça va pas du tout." 
Je me rends compte qu'après avoir essayé le Moleskine, le carnet aux feuilles épaisses et reliure de cuir que l'on trouve chez Nature&Découverte, le cahier aux jolies couvertures, bref toutes sortes de carnets, celui que je finis toujours par choisir, c'est le bon vieux cahier d'écolier 17x22 à spirale ou celui de 320 pages à couverture en toile Auchan. Avec des petits carreaux cela va sans dire. Et le bic 4 couleurs.

Pai, petit village de montagne, n'a l'air d'être constituée que d'une seule rue, étroite où traînent aux terrasses des restaurants des voyageurs barbus et chevelus pour la plupart. Ils ont l'air plus âgés.
Mon amour des restos routiers français en prend un coup lorsqu'on fait une halte dans ce qu'on pourrait appeler le "routier du Thaïlandais". Le riz au poulet et épices est d'une simplicité comme Maïthé en baverait et est juste. Parfait.

Dans notre folle vadrouille à travers les montagnes de la Thaïlande en compagnie des sacs de riz, il ne faut pas oublier la nana qui pèle une tige de bambou devant nous, retire le bout marron de l'épaisse tige blanche qu'elle arrive à dégager et la déguste. Elle en offre un bout aux Belges puis elle se marre en voyant leur air circonspect. En fait, c'était du sticky rice. Tout simplement.

Y'a des arbres dehors on dirait du mimosa sauf que les fleurs ont des pétales. Ca sent bon.

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