7.2.12

Jour 1 - fuck you I won't do what you tell me

Il fut un temps, j'avais eu envie d'écrire des posts sur quelques oeuvres d'art contemporain aborigène et australien que j'avais particulièrement aimé. J'ai un peu oublié, prises entre mes intensives séances de rattrapage de Six Feet Under (vous y croyez vous, que je n'ai découvert Six Feet Under que depuis cinq mois seulement ?) et celles au pub.

En Thaïlande cette fois avec la troupe de Bordelais, nous avons passé deux nuits dans l'Akha Lodge d'Eric du côté de Chiang Rai. Nous nous sommes baladés une journée entière dans les petits temples, grottes des alentours, avons escaladé les 727 marches qui menaient au gigantesque Bouddha blanc en polystyrène, nous sommes fait prendre en photo par un moine qui gardait la grotte aux poissons (l'arroseur arrosé hein) et nous sommes amusés à toucher toutes les fougères sensitives que l'on croisait sur le chemin.

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(vous avez du bol, vous pouvez même assister à nos fascinantes conversations)






Nous avons poursuivi en admirant les délires surréalistes et morbides de l'artiste Chalermchai Kositpipat au Temple Blanc ou Wat Rong Khun. 
Hormis l'éclat du lieu qui au soleil en décrocherait la rétine, j'en retiens quelque chose comme des mains appartenant à des créatures désespérées semblant sortir des profondeurs du Styx, sur les deux côtés puis l'une d'entre elle, brandissant un "fuck" avec un unique ongle rouge sanglant, finalement peut-être pas si mal là où elle se trouve, peut-être aussi qu'elle veut nous dire « je vous emmerde, vous avec vos appareils photos Canon ou Nikon qui marchez sans le mériter sur les chemins de la vertu, vous perdez rien pour attendre » (c'est très moraliste, mais la religion bouddhiste ne l'est-elle pas un peu?) ou peut-être tout simplement « je fais ce que je veux et je vous emmerde » sur les côtés du chemin menant au Temple Blanc. 


Puis le croisement à l'intérieur du temple sur les murs, religieuses fresques, entre Spiderman, Superman, feu les Twin Towers et les traditionnelles reproductions de la vie de Bouddha. 
On prend les représentations les plus populaires de l'impérialisme américain et on mélange le tout à la sauce soja, hum thaïlandaise, finalement qui aura gagné, celui qui s'est imposé et qui s'est fait niquer (les Twin Towers, entre autre) ou celui qui a décidé, puisque pas vraiment le choix, de s'en emparer et de le détourner et gagne chaque année plus de visibilité sur la scène mondiale ? Une bouteille de whisky plus loin et quelques têtes réduites inspirées des masques du théâtre thaïlandais, puis je ne sais pas, il faudra y retourner au fil des années, apprécier l'esprit torturé de l'artiste qui a commencé son oeuvre en 1998 et ne compte pas la terminer d'ici 60 à 80 années, lorsque les puissances auront radicalement changé de visage... 
Où en seront-nous en 2058, en 2078? Que signifieront Spiderman, Matrix et Predator? Que seront les nouveaux modèles qui auront pris la place de ce qui ne sera probablement plus que des témoignages d'une pop culture envahissante et globalisante (ah c'est vilain ce terme) ? Nos modèles seront-ils occidentaux? Peut-on affirmer que les principes du bouddhisme seront encore le socle d'un grand nombre de civilisations? Et comment tout ça va-t-il s'équilibrer (ou pas)?




La journée s'est achevée avec la visite du Temple Noir, le Baandum Museum, en fait un ensemble de maisons créées par l'artiste Thawan Duchanee, professeur de Chalermai Kosiptipat (tiens donc).

On parle beaucoup ici et là de l'opposition/ressemblance Temple Noir/Temple Blanc. L'un au nord (Temple Noir) l'autre au sud (Temple Blanc) de Chiang Rai. L'un noir l'autre blanc (on l'aurait pas deviné) et donc, suivant un code couleur des plus basiques, l'un représentant le Paradis sur terre et l'autre l'Enfer (je vous laisse deviner lequel est quoi... toutefois si le Temple Blanc est sensé être une métaphore du Paradis, je leur laisse volontiers et m'en vais en Enfer). Enfin tout deux oeuvres contemporaines audacieuses, l'une et l'autre taxées d'immoralité ou de trop de modernité, tout ça tout ça, donc je vais éviter de trop en rajouter. 
Si le Temple Blanc présente un univers gothique et surréaliste, fait de miroirs et de verre, le Temple Noir, créé à partir de matériaux naturels, bruts et sombres, ossements, peaux de serpents, fourrures, longues tables en bois noir, crânes d'animaux aux murs, pourrait être inspiré des arts africains, du moins tel qu'on les perçoit et fantasment dans notre imaginaire. Tout pour ravir les taxidermistes. Les objets ont été soigneusement collectés dans toute l'Asie. J'ai particulièrement aimé tomber sur le squelette entier d'un éléphant, en fin d'après-midi... 
(mes photos du beau et impressionnant Temple Noir sont à chier, il faut m'en excuser...)



En fait, si l'on reprend la généalogie, le disciple du créateur des Enfers sur terre a décidé de créer le Paradis sur terre. Tiens, pourquoi pas. Thawan Duchanee est né en 1939, Chalermchai Kositpipat en 1955. Un peu plus d'une génération les sépare, avec ça des vues  et espoirs sur le monde différents ; et toutefois une dévotion à Buddha sans limites à qui ces deux loustics auront consacré l'oeuvre de leur vie (si avec ça ils atteignent pas direct le nirvana sans passer par la phase réincarnation en grenouille ou en femme ou un peu mieux en lièvre ou en homme, je vois pas ce qu'il lui faut de plus à Bouddha!). Oeuvre qu'ils espèrent pourra les rendre immortels.

Au Temple Noir, et j'en arrive donc à là où je voulais en venir mais je me suis un peu laissée distraire, se trouve également une exposition d'oeuvres contemporaines d'artistes thaïlandais. Depuis l'Australie, je n'ai eu de cesse d'avoir envie de découvrir l'art océanien et à présent l'art en Asie, car en Europe seuls nous parlent les noms de Rembrandt, Van Gogh, Michelangelo, Goya ou Andy Warhol, tout cet art européen et nord-américain, à la rigueur japonais, le reste étant relégué aux musées et galeries des arts « primitifs » (l'art primitif pour moi s'apparenterait plus à celui des moins de 8 ans et à leurs colliers de nouilles). Grâce à cette exposition, DONC (je vais y arriver), j'ai pu découvrir quelques artistes thaïlandais et me rendre compte des différences entre les significations et fonctions de l'art contemporain occidental et celles de l'art contemporain en Asie, enfin du moins en Thaïlande...

A venir quelques photos, quelques noms... et cette fois-ci, je vais m'y coller! 

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