21.5.12

But she seems so free That I wish she was me

"Welcome back CC."

Le stress d'un coup est descendu. Toujours aussi détendue que je suis, j'avais envisagé dans l'avion les pires scénarios. J'avais peur de m'être trompée, d'avoir mal lu mon dossier, que mon visa ne m'ait en fait pas été attribué et je m'imaginais déjà être escortée vers le bureau de l'immigration pour m'entendre dire que non je n'ai pas de visa, que sans visa, je n'ai pas le droit d'entrer sur le territoire australien et que je dois rentrer en France illico et que je suis interdite de territoire pendant trois ans et de working holiday visa à vie. Le sens du drame.

Feignant une parfaite décontraction, ma fortune s'élevant à 4 dollars australiens et une trentaine de baths thaïlandais dans les poches, le passage à la douane est encore une fois passé aussi subtilement que mon couteau dans un pot de beurre de cacahuètes. Je hais les douanes. J'aurais affiché une nationalité différente, un peu plus exotique mettons que simplement française, je suis sûre que j'aurais eu droit à des contrôles. Ma couleur de peau et ma nationalité sont un passeport qui  me permettent de passer incognito dans les pays les plus riches et de façon privilégiée dans les autres.

A peine cinq minutes à attendre sur le bitume à la sortie de l'aéroport, pouce levé, que je vois déjà une Porsche s'arrêter devant moi. Le Businessman me conduit à la périphérie du CBD de Melbourne, pas loin de l'Exhibition Center et durant le trajet me confesse qu'il a lui-même fait du stop dans sa jeunesse en Australie, Europe, Amérique du Sud... Même les attributs les plus capitalistes cachent une âme vagabonde. Faut pas toujours se fier aux apparences... 

"Ca ne se fait plus trop le stop, les mentalités ont changé, peut-être que les gens ont peur" ajoute le Businessman.

C'est un lieu commun que de dire que les gens sont plus effrayés maintenant mais quant à savoir si oui les gens ont plus peur qu'avant, je me le demande encore. On regarde peut-être pas au bon endroit.

Les feuilles tombent des quelques arbres caduques apportés d'Europe durant la colonisation... Le tram 86. Il est toujours là. Pas moyen que je paie $4 pour un ticket de transport public, je m'installe et me laisse bercer.

Dans les rues de Collingwood, un truc me frappe. Arrivée pour la première fois à Melbourne en avril 2011, j'avais pu constater que la tendance capillaire était à une coupe au bol façon Jeanne d'Arc pour les filles et ce délire rasé d'un côté plus ou moins long de l'autre (une sorte de mulet qui aurait effectué une rotation de 90° vers la droite ou la gauche suivant affinités) pour filles et gars confondus (je ne m'en remets toujours pas). Je suis effarée de constater que la tendance cette année n'a pas changé d'un poil. Ce n'est pas bon du tout.

Le délire avec les pompes pendues aux fils électriques. A Fitzroy, Collingwood, Phillip Island... je vais commencer à les répertorier et à noter les adresses... Ca voulait dire quoi déjà dans Big Fish


Les rues de Richmond et les restos vietnamiens, thaïlandais. Le supermarché asiatique où j'ai trouvé turmeric, basilic thai, pâte de curry, banh bao. Hoddle St et mon premier cheeseburger

Le Bendigo Hotel qui ressemble à présent au quartier général d'un gang mexicain qui résiderait dans l'outback australien. Tequilas et crânes d'animaux. Bières pression et bouteilles de cidre suédois. Le froid dehors, les pull overs, les feuilles d'automne. La maison quoi. Comme si l'automne, ou que l'on soit, ça devait forcément être ou du moins rappeler la maison. Parce que qui passe ses vacances ou déménage délibérément dans la pluie et le froid.

Larry le Gangster et sa théorie des baskets : toujours porter des baskets car on ne sait jamais quand on devra se mettre à courir pour échapper aux flics. Je me demande combien de paires il a dans sa chambre. L'inscription "Hate Cops Forever" tatouée juste au-dessus de son nombril n'a pas laissé une impression fantastique à la petite brigade de flics qui l'a arrêté il y a deux semaines. Larry songe à le changer en soleil, un truc dans le genre. Je me demande si c'est pas pire. Une chose ne changera jamais et ça me rassure parfois ces petites choses immuables, je le verrai toujours une bouteille de cidre suédois à la main, le Rekordeling, à la fraise, aux fruits des bois ou à la poire. Je me rappelle avoir été légèrement accro à ce cidre l'an dernier. J'en veux aussi. Ah oui c'est vrai. $10 la bouteille.

Le pulvérisateur à vitre de Larry posé sur le bar m'interpelle. Il dévisse le bouchon et me fait sentir le liquide dont il est rempli. Ca pue l'ammoniaque. Pour se défendre. De l'ammoniaque dans les yeux, un truc qui doit vous transformer en taupe. Comme il me l'explique avec un grand air satisfait, personne ne peut l'accuser de se trimballer un pulvérisateur sur lui. Evidemment.

Les kiwis à 50 cts. Ca me rappelle qu'il faut que j'essaie de faire une Caipirinha au kiwi. Les fruits du dragon ont une sale gueule sur les étalages de Coles. Aucun signe de Durian. J'ai mangé du bacon à nouveau. 

google.com.kh changé en google.com.au sur la page Google Chrome de mon ordinateur.

Et c'est parti pour une deuxième année. 
Monsieur Dedalus vs evil koalas. 
Un combat de taille.

J'ai évidemment prévu des trucs comme retourner en Tasmanie, comme enfin acheter une voiture et me rendre sur la côte ouest, aller me poser à Darwin pour quelques mois,  aller à Coober Pedy et Broken Hill dans l'outback, retourner à Sydney, reprendre le surf. Intercaler deux mois en Europe cet été. 

Il est fort probable que je me fasse kidnapper par des kangourous dans le désert, auquel cas faudra pas m'en vouloir si j'échoue à la tâche. 

(je vais aussi rajouter des articles sur le Cambodge et la Thaïlande... je suis pas la plus disciplinée des personnes, mais je vais le faire...)

2 commentaires:

  1. Dans Big Fish ca voulait dire que tu deviens un habitant de Spectre, ils sont tous pieds nus non?

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    1. oui je crois bien... merci Pierrot, j'm'en rappelais plus... :D

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