17.11.12

(1/2) 36h à Shanghai

Entre Paris et Melbourne, j'avais une journée et demi d'escale à Shanghai. 36h exactement pour m'empiffrer de dumplings et appréhender une première fois la Chine.
Avant toute chose, laissez-moi vous dire que ça a été un peu un échec. Après mon départ tumultueux de Bordeaux, j'étais en droit de me demander si j'arriverai vivante et surtout, à l'heure, pour décoller vers Shanghai.

Tout avait pourtant bien démarré. J'avais parcouru en long en large mon Cartoville déniché dans une petite librairie du XXe arrondissement (ah les petites librairies parisiennes, j'en suis amoureuse) et le repérage dans le métro ainsi que le logement ont été un jeu d'enfant. J'aurais dû me méfier...

On m'en avait parlé. La pluie. La brume. Le ciel gris. La ville bloquée dans l'espace temps perpétuel d'un 8h30 du matin début octobre. Le soleil ne perce-t-il donc jamais à travers le brouillard diesel ? A mon avis, Shanghai doit abriter une importante population de vampires bridés dans ses lilong (ruelles). En me promenant à la sortie du métro sur People's Park, je m'offre un fix de tai chi et de musique relaxante en regardant les groupes s'entraîner, en pantalons larges, certains avec des éventails, d'autres avec des sabres. De suite me vient l'envie d'enfiler un kimono noir et d'invoquer Tigres et Dragons. C'est un vieux édenté à sandales qui me tirera de ma rêverie en me parlant dans un français très correct.

A la recherche de mon auberge, je traverse toute la Fuzhou Lu, quartier fameux pour ses dealers à chaque mètre de Bic et de Moleskine. Jamais je n'avais jamais vu autant de stylos et de carnets de ma vie. Sans compter les pinceaux et bâtons d'encre, les librairies, les magasins de photocopie. Tout ceci sur 1,6 km. L'héritage de la calligraphie je suppose (je n'ai même pas pensé à renouveler mon stock).

Le matelas est dur. J'avais oublié que l'Asie aime bien dormir sur des lits fermes. J'émerge de ma sieste et il fait déjà nuit. Merde. Les filles de ma chambre me réveillent avec l'odeur des dim sums et des petits pains à la pâte dure au porc. Elles se demandaient ce qui se passaient. "Jet-lag" leur annonce-je, un pain dans la bouche. Elles rigolent. Evidemment.

Qu'est-ce que je cherchais ce soir-là? La classique vue sur Pudong depuis le Bund de nuit, manger des raviolis et boire un verre. Ma promenade nocture m'aura amenée depuis les bords de la rivière Huangpu vers le quartier de la Concession Française et ses allées bordées de platanes et de villas 1930 aux grilles métalliques ouvragées. En traversant les étroites lilong faiblement éclairées, je me rappelle que mes seules images de Shanghaï proviennent de films se déroulant dans les années 30, Lust, Caution et Shanghai Triade, des films rappelant son passé sulfureux sous l'administration française avec opium, jeux d'argent et prostituées qui nous apparaît à présent comme délicieusement romantique.

Les néons des enseignes de vêtements, d'abord celles des tailleurs traditionnels de qipao puis des stylistes à la mode aux alentours, sur Maoming Lu et plus loin. 


Lorsque j'arrive au Rui Fu Yuan, il est presque l'heure de la fermeture. En parcourant le menu sous les lumières aveuglantes (ils sont adeptes de l'euphémisme chez Gallimard, le terme "grande salle claire" fait en fait référence à la lumière glaciale des chambres froides), je me décide pour des raviolis vapeurs au porc accompagnés de vinaigre et ce que je croyais être du canard qui sera en fait... des petits travers de porc. Bien joué. J'aurais pu tout aussi bien me faire injecter du cochonou directement dans les veines. Le thé à la chrysanthème, frais et poivré, fait digérer le tout.

En repassant en sens inverse sur Maoming Nanlu, une bière chinoise ou un whisky se font sévèrement désirer. Je me laisse volontiers distraire par tout un groupe de nanas, leur boom boxes posées sur un banc, dansant en ligne et synchro sur Nanjing Donglu, la rue commerçante principale qui déborde d'écrans publicitaires et affiche avec fierté une sculpture géante en hommage aux montres Casio. Il fait moite, la musique est entraînante et j'ai l'impression d'être entrée dans un jeu vidéo.


Lorsque vient l'heure d'un whisky sour, je me dirige, sans trop me poser de questions dans le bar jazz situé juste en bas de mon auberge. Les flammes des loupiottes qui gigotent, le mobilier dans un bois sombre, la lumière tamisée, tout est conforme, tout a été réalisé avec le soin de celui qui a regardé un certain nombre de films de Martin Scorsese. Les touristes, expat' sont en écrasante majorité et les quelques jeunes chinois habillés avec un certain chic. Le groupe s'installe et commence à jouer, ma commande arrive mais ma carte ne passe pas. Mon compte vidé, je quitte vite fait les lieux sans avoir touché à mon whisky et m'installe, après une bonne douche, dans mon lit toujours aussi dur, à même pas minuit, la musique provenant du bar que j'ai lâchement déserté parvenant par miracle à mes oreilles.

à suivre...

2 commentaires:

  1. c'est sympa ce retour d'expérience. TU n'as pas visité la meilleure partie de Shanghai qui reste la french Concession... ce que tu as fait est bien trop touristique... haha

    Next time !

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    1. Ah mais oui, next time. :D En effet, j'ai rien fait de très original mais ça prend du temps à apprivoiser cette ville. La Concession Française, j'aurais bien aimé m'y rendre oui.

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