6.12.12

13h de route et plus de 1150km. Jusqu'à Broken Hill.

Le 5 décembre, après presque exactement deux ans depuis Mitchell et ses cow-boys aux ceintures clinquantes, j'embarque pour Broken Hill, à plus de 1150km de Sydney, terre de gisements d'argent et de cinéphiles. Broken Hill possède ce qui est devenu non seulement la plus grande compagnie minière d'Australie mais du monde, la BHP Billiton, et je me demandais bien ce qui avait décidé Stephan Elliott à amener ses drag-queens là-bas. Il était également dit que la ville regorgeait de galeries d'art (plus que de pubs, faut le voir pour le croire) et la perspective de rouler dans les paysages dévastés de Mad Max 2 me paraissait pas trop dégueulasse. Je me rappelle aussi Jeoff, habitant de Broken Hill, qui avait eu l'extrême générosité et gentillesse de me laisser squatter le siège arrière de sa Triumph pendant 4 jours en Tasmanie en mars 2011. Mon téléphone ainsi que tous ses numéros éternellement perdus dans le sable de la Thaïlande, il me fallait retrouver Jeoff.
Plus, Broken Hill est sur la route de Kalgoorlie. Et Kalgoorlie, c'est mon prochain arrêt.

Mon train part depuis Central Station à 7h10. En réalité, je ne serai sur la route que 25 minutes plus tard (c'est pas la SNCF qui laisserait arriver des choses pareilles n'est-ce pas).
A 18h15, après un changement a Dubbo, je suis dans le bus depuis déjà quatre heures et nous nous arrêtons à Cobar. A ce stade du voyage, nous sommes 8 personnes + 1 bébé + 1 chauffeur.


Depuis cinq jours, nous sommes en été (les saisons ici arrivent les 1er tous les quatre mois, allez savoir) et le paysage de l'outback de la Nouvelle Galles du Sud est sec et poussiéreux, mais pas autant qu'il a pu l'être. Il a beaucoup trop plu ces quatre/cinq dernières années et la végétation a repris ses droits. Arbres, buissons, tout a poussé en bordel, n'importe comment, c'était une nécessité semble-t-il. A travers la vitre teintée du bus, le bord de route aux couleurs primaires délavées, vidées de leur jus, agressées par le soleil. Un vert devenu jaune cystite, un bleu fadasse et le rouge sableux.
Puis des chèvres. Partout. En troupeau, elles s'attaquent aux arbres, la robe noire des boucs luisant au soleil. Pas quelque chose auquel je m'attendais. Le bus éclate un essaim d'oiseaux blancs installés sur le bitume et au fur et à mesure de notre avancée, l'ocre se fait plus vif.

J'etais partie de mon auberge de Surry Hills à 6h30 ce matin. En descendant Chalmers St qui me mena à Central Station, je fus surprise de voir autant de vie humaine, de monde dehors, à prendre un café avec son journal, faire son footing, promener son chien. Les seules heures de l'aube auxquelles j'avais assisté ces derniers temps furent mes dernières heures de travail de la "journée" ou les sorties d'after dans le centre de Melbourne, les paupières lourdes sous le poids des faux-cils et les discussions au comptoir de Pie Face avant de m'engouffrer dans le premier taxi venu. Le 5 décembre, je commence ma journée pour changer. La douce lumière du matin, les espoirs pas encore encore brisés, tout ça me semble constituer un bon rythme de vie.
12h plus tard, je suis dans l'outback, sur les routes australiennes après deux ans, la boule au ventre, mes attentes, que j'essaie de faire désespérément taire, au plus haut. Tout se déroulera comme il se doit.


A 20h19, le soleil a disparu dans un éclat jaune bouton d'or. Je ne l'aurais pas vu se lever (je l'ai raté de 2h le saligot) mais je l'aurais au moins pourchassé tout droit vers l'ouest pendant 14h. "En voyageant en Australie, on peut voir des milliers de couchers de soleil différents", me dit Nicole, assise dans le siège de devant. Peut-être pas des milliers, une année n'en compte que 365 mais c'est déjà pas mal.

Les paysages font l'effet d'une frise qui se déroule en boucle sur les côtés, avec ici et là, une croix blanche sous un arbre, un kangourou aux viscères débordantes gisant sur la route, les gravillons qui font un bruit de pop corn sous les roues, les lits de rivière asséchés, autant d'éléments savamment éparpillés qui ne laissent personne dupes. Histoire de sonner le coup de grâce, à 21h29, le chauffeur donne un grand coup de frein et un "klong" assourdissant résonne sous les rues. Un road train passe à côté de nous à fond les ballons. Les spéculations vont bon train jusqu'à ce que l'on s'arrête sur une aire de repos, où l'on apprend que nous avons bien heurté et tué deux kangourous. Avec le road train qui fonçait sur notre droite, la collision était inévitable.

Quiconque a déjà roulé dans le bush le sait. 
L'outback, c'est pas pour les mômes. 

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