29.3.13

Road trip #1

On avait décidé un jour de partir à Adélaïde. Le 6 janvier, aux alentours de 9h du matin, on avait pris la route direction le premier arrêt, la Clare Valley, par le chemin des écoliers.

Par la Barrier Hwy, on rejoint la roadhouse de Yunta en Australie du Sud, à 190km de Broken Hill. Jess et Sean, originaires de Melbourne, vivent et travaillent depuis deux mois à Yunta.
“Le café est en route.”
Des œufs, du bacon et un espresso, accompagnés d'un vinyle d’OC Smith. Je passe un œil par une porte entrouverte. Sur un bureau en bois siège une belle machine à écrire. Deux artys d'Hawthorn perdus dans l’outback.
Nous repartons sur les routes désertes et la chaleur de la fin de matinée. Le soleil est haut et les corbeaux s’attablent sur les cadavres de kangourous, disperses le long de la route, comme un avertissement. L’encéphalogramme de l’horizon s’agite un peu, on aperçoit les courbes de l’Australie du Sud au loin. On se croirait dans un film de David Lynch, les flingues et les feux en moins.
Vite, il faut finir les bananes avant le checkpoint. C’est qu’il s’agirait de ne pas se faire arrêter pour possession illégale de Granny Smith. Tout est en ordre, on peut circuler.

Un peu plus tard… ‘Est-ce qu’on peut entrer?’ On avait garé la voiture sur le bord de route avant Whyte Yarcowie. J’avais envie de me balader vite fait aux alentours de cette chouette ruine mais j’étais pas sûre… c’est une propriété privée.
‘Ouais. Qui va nous arrêter?’ 





Je regarde à droite, je regarde à gauche. En effet, l’habitation devait sûrement se situer 500 mètres plus haut derrière la colline (sortir les poubelles doit être sacrément chiant).
A Peterborough, on décide de quitter la route principale et on s’aventure en gentille vitesse de croisière (un petit 80 km/h – on ne peut pas rouler trop vite en Australie, entre l’état des routes déplorable, les animaux qui traversent sans prévenir et les roadtrains, gigantesques camions, qui ont vite fait de vous faire ravaler votre orgueil) sur le chemin de traverse, bordé de champs de blé et d’éoliennes. Le caca de mouton est vendu pas très loin à 5 dollars le kilo et Lou Reed disait “Self knowledge is a dangerous thing when you don’t know who you are.





Il est un peu plus de 13h et ma peau est recouverte d’une fine pellicule de transpiration. A mi-chemin entre Peterborough et Clare, nous nous arrêtons pour une Cooper’s fraîche au Spalding Hotel. Le Spalding Hotel est ce genre de local pub disséminé dans tous les villages australiens, avec à son comptoir quelques types en général en habit de travail et bottes terreuses, une petite sélection de bière pression et, envahissant les murs - voire les plafonds, une impressionnante collection de memorabilia qui n’a de signification que pour une poignée de locaux et qui, pour les autres, ceux de passage, constitue la touche « locale ». A peine arrivés et installés, le propriétaire, Geoff, nous fait signe. 
"Venez, je vais vous montrer quelque chose" et nous indique de le suivre par une porte à côté du bar. 
Sur les murs, sur le plafond d’un étroit corridor de quelques mètres de long, éclairé par quelques ampoules diffusant une lumière jaunâtre, sont disposés des morceaux de fils barbelés encadrés, numérotés, datés. Cinq cents différents types de fils barbelés, fils télégraphiques dont le plus vieux (du moins, la date la plus ancienne que j’ai pu distinguer) remonte à 1869.
"Ah, mais c’est le musée du fil barbelé?"
Dans ce corridor est concentré les 40 ans de collection de Leon, mort il y a 3, 4 mois de ça, nous dit-on. C’est à ce moment que Geoff avait décidé de la racheter et ainsi est né le Barbed Wire Museum de Spalding.

La Clare Valley et les dégustations de vin ne sont plus très loin. Le paysage se fait de plus en plus vert et vallonné, avec des pylônes électriques signalant une proche présence humaine. On a abandonné les plaines infinies, désertes, et hostiles de l’ouest de la Nouvelle-Galles du Sud qui semblent ne jamais changer en une journée de voyage.

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