18.12.13

La Desert Lake expo (Alice Springs, encore)

Au musée d’Alice Springs, j’ai visité la Desert Lake Exhibition, une collection d’œuvres créées par les Walmajarri, propriétaires traditionnels de Paruku, un réseau de lacs situé au sud du Kimberley (Australie-Occidentale). Paruku est unique, car la région associe un environnement désertique  à un énorme et semi-permanent plan d'eau. 


Parmi les œuvres plus ou moins intéressantes, une m'a particulièrement fascinée :

La Fire Map.

Cette carte, créée par Kim Mahood et Veronica Lulu (ici photographiée), répertorie tous les incendies qui se sont produits dans la région et ses zones sinistrées pour comprendre les données climatiques au fil des décennies. Ici se mélangent données scientifiques et histoires traditionnelles, donnant une nouvelle dimension à la cartographie. 

L’Australie subit un climat capricieux et dangereux. La végétation a tendance à se déployer sur le territoire de manière plutôt anarchique et la sécheresse ainsi que les vents violents génèrent des feux de bush parfois dévastateurs.
Les Aborigènes, qui ont eu 50 000 ans pour apprendre à comprendre et à maîtriser leur pays, ont développé un savoir monumental sur la façon d’utiliser des feux contrôlés sur des petites parcelles de terrain. Le but est d'empêcher les
rainforests de se développer trop rapidement, d'épurer le terrain, de tuer les parasites et régénérer le sol et la végétation. Les Anglais n’avaient aucune idée de l’importance de ce savoir et ont laissé d’épaisses forêts se développer, lesquelles agissent comme un explosif lors des longs et secs étés.

La communauté aborigène, en collaboration avec le communauté scientifique, a désormais l'occasion de partager son savoir acquis durant ces milliers d’années.

De ce projet en est sorti un livre, utilisant « science, art et savoir aborigène pour révéler une histoire humaine qui remonte à 50 000 ans ». Les Wajamarri sont parmi les rares aborigènes à ne pas avoir été expulsé et donc à toujours vivre sur leur territoire traditionnel. Avec les découvertes scientifiques et l'importance de la région dans l'étude des anciens climats et d'une présence humaine antique se mêlent les histoires, les croyances et la présence des anciens, la cosmologie Wajamarri.

Kim Mahood, l'une des membres de l'équipe de Desert Lake, interviewée pour le magazine Ecos, explique comment science et savoir traditionnel cohabitent sans heurts et s'inspirent mutuellement.

« Je dis souvent qu'alors que je ne 'crois' pas à la cosmologie Walmajarri, j'observe sa réalité autour de moi tout le temps. Je pense que les deux systèmes ensemble livrent une façon d'interpréter le pays incroyablement riche et dynamique.

La compréhension scientifique nous procure des preuves – d'une ancienne occupation humaine et de conditions climatiques et de l'impact du temps et du changement, tout comme des moyens méthodiques de rassembler et interpréter l'information.


J'aime être témoin de l'enthousiasme du vrai scientifique lisant le pays sous son propre prisme de connaissances – avoir Jim Bowler (l'un des plus importants géologues du pays spécialisé en préhistoire australienne) lire les événements climatiques du millénaire dans les couches de pierre et de d'argile de la paroi d'une falaise érodée, et alors avoir Propriétaire Traditionnel Hanson Pye interpréter cette même falaise à travers l'objectif du Temps du Rêve.


Les systèmes de croyance indigène animent le pays, lui donnent vie avec le signe
 d'une activité ancestrale, l'infusant de drame et de danger, provoquant l'admiration avec laquelle chacun devrait appréhender le pays.


En tant que quelqu'un qui ne peut désormais plus passer du temps dans un endroit sans sentir ces autres forces et énergies se déplacer à travers lui, je n'expérimente aucune dichotomie entre ces deux systèmes de connaissance. »

(cette carte sur toile a été réalisée par Kim Mahood et la communauté - indépendamment du projet Desert Lake - et fait parti de toute une série)

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